Aimée & Roselyne: Préserver la dignité... terre, travail, logement.

Publié le par RAUTAHI

ROSELYNEAIMEE

Vous vous êtes engagées dans le parti Rautahi par opportunité, ambition ou sollicitation ?

Roselyne : Au départ, moi je cherchais du travail, ce n’est qu’après que je me suis investie dans la politique. Mais ma préoccupation au début, c’était de trouver un travail, je ne faisais pas de politique.

Aimée : Moi, j’habite Pamatai, et c’est surtout par rapport à mon quartier. Je voyais des gens nécessiteux, des jeunes qui n’avaient pas grand-chose pour s’amuser. Les jeunes nous disaient « Et si on achetait des filets, des ballons ? Comment on peut faire pour bouger un peu ici ? » Et on avait commencé comme ça, en récoltant 20 000 francs par la vente des poulets… On a eu deux ballons pour commencer. Des gens nous ont dit alors qu’on pouvait aller demander des aides au ministère de la Jeunesse et des Sports. Alors je me suis déplacée et on m’a répondu que « OK on va vous aider, on vous donnera des ballons… » Et puis pas de nouvelles et après 4 mois on avait oublié les jeunes du quartier Pamatai. Un jour, Jean-Christophe Bouissou passait par là, dans les quartiers. AIMEE1Ça devait être pendant les périodes de terrains politiques je pense, je n’étais pas dans la politique. Et puis je me suis dit ‘Tiens, ce monsieur là, peut-être qu’il peut aider nos jeunes, on ne sait jamais’, alors je suis allée le voir et il m’a dit, ‘bon, j’aimerais bien rencontrer les jeunes de Pamatai’ et quand il est venu, il nous a dit ‘Je vais vous donner un filet et des ballons’ et quand il est parti, on s’est dit ‘Voilà encore un politique qui vient et qui va nous oublier, on ne risque pas de le revoir !’  Mais Jean-Christophe Bouissou n’a pas oublié les jeunes de mon quartier, peu de temps après on nous a emmené deux filets et des ballons. Il n’est pas venu lui-même, mais il avait débloqué notre situation. Les jeunes étaient contents. C’est à ce moment là aussi que je me suis dit qu’on pouvait aussi aider les femmes dans le besoin, et c’est comme ça, que petit à petit on est venu à des réunions, on s’est intéressé un peu plus à la politique.

Vous vous connaissiez avant d’être dans le parti Rautahi ? Vous êtes toutes les deux de Faa’a ?

Roselyne : Je suis originaire des Iles sous le vent, Uturoa, je suis née à Raiatea. On a muté mon mari ici en 1985. J’avais 32 ans et c’était un grand changement d’arriver à Tahiti, c’était difficile pour moi, il fallait repartir à zéro, on n’avait pas de famille ici, j’ai du chercher du travail. C’était pas évident.

Aimée : Je suis de Faa’a…

Quel évènement vous a le plus marquée dans la vie politique ?

Aimée : c’était une réunion de femmes organisée à Papara par Madame Legayic ; ça m’a impressionnée toutes ces femmes qui venaient de tous les quartiers, j’ai vu que ça bougeait, qu’il y a eu beaucoup de liens, on avait des idées, on était actives.

Roselyne : Ce qui m’a le plus marquée c’est le jour où on a mis en place l’association Rautahi parce que je ne pensais pas qu’il y aurait autant de monde. Il y avait beaucoup beaucoup de monde et ça m’a vraiment impressionnée, du matin au soir.

Avez-vous l’impression, parfois, de sacrifier votre vie familiale, votre vie de couple, avec les obligations politiques ?

Aimée : Moi pas du tout parce que mes enfants étaient grands. J’étais libre d’aller là où je voulais quand il y avait des réunions. C’est comme ça que je me suis investie, en allant dans des réunions de Rautahi et ça m’a vraiment plu.

Roselyne : Oui, ça a tout de même perturbé ma vie de couple, ma vie de famille. Mais heureusement que mon mari était compréhensif, il avait fait de la politique tout au début. Il y a eu des hauts et des bas, mais la vie politique prend beaucoup de temps, après le travail, nous avions des réunions, il faut travailler sur le terrain, on est très pris et ça peut perturber la vie de couple, nous avons réussi à surmonter tout ça.

Quelles sont les valeurs importantes de notre société ?

Aimée : Personnellement, ce qui a besoin d’être protégé c’est notre patrimoine foncier, nos terres, aussi les plantations… la préservation de nos plantes…

Roselyne : Les valeurs du Travail et du logement décent pour tout le monde ; en travaillant avec Jean-Christophe (Bouissou) au ministère du logement j’ai vu beaucoup de personnes en difficulté, nous avons vu que le travail et le logement étaient des priorités. Tout ce que veulent les gens c’est du travail. Sans travail, on ne peut rien faire. C’est sûr il y en a qui profitent du système mais le logement c’est très important aussi.

ROSELYNE2Craignez-vous l’image des politiques que renvoient les médias ?

Aimée : Non, pas du tout. A partir du moment où on décide de faire de la politique, il faut assumer ! Nous les femmes, on a l’habitude de tout gérer à la maison, le ménage, le ma’a… les hommes n’ont pas ces responsabilités. Les femmes, elles, ont l’habitude de « prévoir », de programmer. A la maison ou au travail, les femmes prévoient.

Roselyne : Personnellement, si on s’engage dans un parti, c’est un choix, il faut assumer.

Peut-on changer les mentalités avec des lois ?

Roselyne : Le Polynésien, il ne se préoccupe pas vraiment des lois ; on vit nos vies sans vraiment regarder les lois… je ne crois pas qu’on puisse changer les mentalités comme ça.

Vous pensez qu’on aura, un jour, une femme présidente du pays ?

Aimée : Pourquoi pas ; il faut changer un peu ! À voir ces hommes là… qui font les mêmes choses ! (rires) par contre une femme au pouvoir, elle sait comment il faut diriger la population, comme elle dirige sa famille. Elle sait qu’on peut aller loin, elle prend ses responsabilités à cœur.

Roselyne : Pourquoi pas une femme. Avec tous les hommes qu’on a eus, c’est souvent les mêmes problèmes qui reviennent… j’ai vu pas mal de femmes qui ont des responsabilités et ça marche, alors pourquoi pas.

Est-ce vraiment utile d’avoir une Journée de la Femme, en 2010 ?

Aimée : Ah oui ! Il faut aussi aller de l’avant. A l’époque les femmes restaient à la maison. Aujourd’hui les femmes doivent aller loin.

Roselyne : Avec tous les problèmes qu’elle a, sa famille, son travail, la femme a bien droit à sa journée.

Quelle est la femme qui vous a le plus marquée ?

Aimée : Je ne veux pas choisir, il y a beaucoup de femmes… Madame LeGayic, Madame Carlson, mais il y a aussi des femmes qui ne sont pas connues, des femmes au foyer pour qui j’ai beaucoup d’estime, je ne peux pas choisir une seule femme.

Roselyne : Ma mère, quand on était jeune, était toute seule à travailler et elle a réussi à nous élever dignement.

 

 



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