Emma ALGAN: "On a tout à apprendre des uns et des autres"

Publié le par RAUTAHI

 

 

EMMA1.jpgVous êtes entrée dans la vie politique par ambition, opportunité, sollicitation ?

Je dirais que c’est par sollicitation. Jamais je n’aurais pensé entrer dans la vie politique. J’ai été agréablement surprise d’avoir reçu un coup de fil un certain 3 novembre 2003, par le Président de la Polynésie française de l’époque, Monsieur Gaston Flosse, qui me proposait d’être ministre de la Solidarité. A partir de ce moment là, la surprise a été tellement intense que ça n’était pas une réalité… J’avoue que j’étais d’abord perturbée, déstabilisée par cette proposition dans le sens où, pour moi, le monde politique était tellement à part que je ne me sentais pas la capacité d’assumer à la fois les missions et également, le fait d’être dans la vie publique.


Pourquoi Gaston Flosse vous a contacté vous, vous êtes vous démarquée dans votre domaine ?

Je l’ai su après, c’est une dame qui lui a soufflé mon nom, une femme très connue dans le monde politique, qui a été mon chef de service, puis ministre de la Solidarité et de la Famille. C’est madame Béatrice Vernaudon qui m’a vue œuvrer dans ma vie professionnelle, au service des Affaires sociales et elle a du estimer que je serai capable d’assumer ces fonctions de ministre. C’est elle qui a soufflé mon nom à monsieur Gaston Flosse.


De quelle façon fait-on la différence quand on est femme ? Comment avez-vous fait la différence ?

J’ai un parcours professionnel autodidacte, après un BEP carrière Sanitaire et Social,  je suis entrée par concours dans deux services, notamment le service Sanitaire & Social, ensuite en interne j’ai pu gravir les échelons, même le service des Affaires sociales m’a confié très rapidement des responsabilités, notamment mettre en place le département de prise en charge des mineurs délinquants, en relation avec la Justice. Ce parcours a du intéresser. Madame Béatrice Vernaudon m’a confié tout récemment qu’elle a vu mon parcours monter en puissance très rapidement et que c’est à ce moment là qu’elle a su que j’avais les compétences requises pour de plus grandes responsabilités.


Quel est le moment marquant de votre vie de femme politique au sein de votre parti Rautahi ?

Je dirais que ce moment important a été quand j’ai pris la décision de quitter le Tahoeraa Huiraatira pour rejoindre le parti Rautahi. J’ai pu participer dès le départ à sa mise en place… ces deux journées destinées à l’élection du président du parti, c’était des moments merveilleux…


La politique, c’est un peu une aventure ?

Ça n’a jamais été une aventure, c’est un engagement, il faut y croire pour pouvoir aller de l’avant. C’est vrai que lorsque j’étais à la direction des affaires sociales, on avait l’impression d’être un peu en retrait et de ne pas avoir d’impact direct sur la vie de la Cité, dans la mesure où on était toujours en train de chercher des moyens, avec cette impression de ne pas être entendu.

A partir du moment où je suis entrée dans cet organe de décision, je me suis dis que peut-être, j’allais pouvoir faire quelque chose pour ce secteur qui avait tant besoin d’être reconnu dans ses missions, auprès des personnes en détresse. Ça n’a pas été facile… Il faut servir les gens, notamment ceux qui sont en plus grande difficulté.


EMMA6.jpgQuand vous dîtes « ça n’a pas été facile », est-ce que vous êtes une femme qui aime la difficulté ?

Peut-être ! (rire)… ce sont les difficultés qui nous obligent à évoluer, à progresser dans sa vie personnelle, par rapport aux autres.


Vos responsabilités familiales font-elles parfois obstacle à vos engagements ?

Je dois dire que le jour où j’ai aussi pensé à la famille, à l’organisation, outre le fait qu’une incertitude planait sur ma capacité à assumer les responsabilités qui m’étaient proposées, il y avait le souci de voir comment j’allais continuer à assumer mon rôle de femme, de mère de famille, d’épouse, combiné à la vie politique.

J’ai eu le soutien immédiat de mon époux, je l’ai consulté et nous avons parlé de la manière dont nous devions réorganiser notre vie, mes journées allaient être plus longues… Il m’a encouragée et puisqu’il pouvait s’occuper de notre fille qui était au collège… il pensait plutôt à moi, à mon intérêt. Il m’a dit « c’est ce qu’il te faut, c’est l’occasion rêvé pour que tu puisses rebondir, et comme tu aimes bien travailler, je suis sûr que tu vas enrichir ton expérience ». L’appréhension venait plus de moi que de lui…


Quelles valeurs sont à défendre, à perpétuer dans notre société ?

C’est la valeur de la solidarité, qu’on doit défendre, protéger encore plus aujourd’hui, parce que les liens sociaux se sont un peu détendus, de par les situations économiques et l’éparpillement des familles. Toute cette structure démographique a tellement bouleversé un certain nombre de choses. Heureusement que nous avons des manifestations qui existent dans notre communauté, et notamment dans les communautés religieuses. Ce sont des espaces de liens sociaux, y compris sur le terrain associatif.


Dans votre vie de tous les jours, est-ce que la loi sur la parité a changé quelque chose ?

Nous avons un exemple type dans le monde politique, il a fallu que la loi sur la parité soit adoptée pour que les femmes soient mises en avant. Cette loi devrait évoluer dans d’autres secteurs, notamment le secteur professionnel. On a encore beaucoup d’efforts, notamment sur la reconnaissance des compétences de la femme à être cadre… est-ce qu’il faut passer par une loi ? Je ne suis pas non plus favorable à tout légiférer mais peut-être qu’il faudra le faire si la femme a du mal à percer dans les hautes fonctions, tout dépend de l’évolution du monde des entreprises.


Dans le monde politique, y a-t-il une « certaine » mentalité qui subsiste dans les relations homme/femme ?

On s’aperçoit que la femme est surtout, souvent, destinée à certaines missions, la famille, la santé, l’éducation, le social… et tout ce qui est finances etc. On a l’impression que c’est l’homme qui continue à gérer, mais je pense qu’il y a eu de l’évolution et de la reconnaissance des capacités de la femme.

Dans le cadre de mon parti, là on peut dire que la femme est complètement reconnue, on n’a pas de « fédération » femme, parce qu’on n’a pas voulu mettre des catégories dans des cases. Tout le monde doit avoir accès aux mêmes informations, et mettre en place des « cases », des « catégories »,  n’est pas une bonne organisation parce qu’elle accentue les différences. On n’a tout à apprendre des uns et des autres.


Appréhendez-vous l’image que peuvent vous renvoyer les médias ?EMMA7.jpg

C’est sûr qu’on ne peut pas dire le contraire… C’est toujours quelque chose à redouter mais à partir où on accepte de rentrer dans la vie politique, c’est qu’on accepte d’être exposée ; les images, les propos venant des autres… lorsque les discussions ou les retours sont basés sur la politique uniquement, ça ne me gêne pas du tout. En revanche, lorsque ça touche la vie privée de la personne qu’on soit homme ou femme, c’est très dérangeant. La sphère privée doit être protégée.


Quelles différences peuvent apporter les femmes dans le monde politique ?

Les femmes s’engagent jusqu’au bout, elles ont un engagement d’intérêt général, rarement d’intérêt particulier, et la femme a une vision de « comment faire pour que tout le monde vive mieux ensemble ».


En 2010, la « journée de la femme » c’est actuel ou dépassé ?

Au sujet de la parité, c’est toujours d’actualité. C’est grâce à cette loi que les femmes ont pu accéder au monde politique, ce n’est pas le cas dans d’autres sphères.

Il est bon aujourd’hui de faire le bilan de la première mise en place de cette loi en 2001 en Polynésie française, 1er territoire à adopter cette loi. On constate que dans l’Exécutif les femmes sont toujours sous-représentées.

Lorsqu’on écoute les interventions à l’assemblée, on voit bien que les interventions des femmes et des hommes n’ont pas du tout les mêmes intérêts. Elles se sont approprié des secteurs de la vie qui les touchent directement.


La femme qui vous a le plus marquée ?

Je dirais que j’ai une maman très soucieuse de mon bien être, qui est toujours à mes côtés. Mais j’ai aussi été influencée par des femmes écrivains, comme Simone de Beauvoir par exemple, qui parle beaucoup de la femme. Ce sont des femmes qui ont très vite dépassé leur temps… Simone Veil… grâce à elle, les femmes ont pu bénéficier de la planification familiale, de la contraception… des femmes courageuses qui ont levé des tabous.

 

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