Le Budget 2010, adapté à la situation locale & internationale

Publié le par RAUTAHI

Le Président du groupe IA ORA TE FENUA & Président de RAUTAHI nous a exposé, lors de son intervention sur le débat d'orientation budgétaire, la réalité internationale et la souffrance sociale et économique également partagée par d'autres pays beaucoup plus importants (à l'échelle économique): la situation que nous connaissons en Polynésie française est certes le fait d'instabilité politique et d'un manque de confiance des partenaires privés, mais aussi le fait d'une crise internationale qui n'épargne personne.

Jean-Christophe Bouissou a, ensuite, analysé les alternatives budgétaires pour combler le déficit du pays, sur le ton du consensus, il a pris en considération les interventions du patronat et de membres de la majorité, mais il a du aussi répondre à un représentant de l'opposition qui l'avait sérieusement pris à parti dans son discours, sans véritablement apporter d'arguments constructifs.

Le Président de Rautahi n'est certes pas pour mettre en place des mesures inflationistes, il a notamment suggéré de mettre en place une taxation des transferts financiers à l'étranger en  épargnant les étudiants polynésiens. Mais dans cette période difficile, faire appel à une véritable solidarité qui concernera tout le monde, une solidarité qui s'inscrit dans la durée, semble la solution qui s'impose.

La conclusion de son discours est sans équivoque: Nous ne sommes pas à l'heure de la course au pouvoir et Jean-Christophe Bouissou a été très ferme là-dessus, son groupe ne participera pas à une énième stratégie politicienne. Il assurera la même ligne de conduite jusqu'en 2012, puisque, nous savons tous, qu'un changement de gouvernement avec les mêmes personnes n'ajoutera rien de plus à notre pays mais ralentira encore, à nouveau, notre économie. Pour rappel, un changement de gouvernement coûte au pays près de 600 millions de francs et il y en a eu 8 entre 2004 et 2009. La majorité actuelle a été renforcée par l'intégration du groupe To Tatou Ai'a il y a quelques mois, ce n'est pas pour en être affaiblie, à nouveau, aujourd'hui. Il est temps d'une politique forte, d'une politique qui s'assume. 

Nous vous transmettons ci-dessous la retranscription de son intervention.

SAR.


Retranscription de l'intervention du Président de Ia Ora Te Fenua,



 


J’avais prévenu les partenaires à cette époque là que nous allions rentrer dans une crise économique et financière mondiale sans précédent, je me rappelle de ces discussions que nous avons tenues ici dans cet hémicycle. Certains interlocuteurs ne voyaient peut-être pas cette prédiction sur la crise qui allait jeter la Chine, l’Europe, les Etats Unis, les grands pays de ce monde, dans une situation désastreuse à la fois pour l’emploi mais aussi les conditions de vie sociale des populations. Je vous rappelle quelques chiffres :

-          Entre 600 000 et 1 million d’emplois détruits chaque mois aux Etats Unis, en Europe, près de 100 000 emplois détruits chaque mois, la Chine est passée au niveau de sa croissance de 12% à 7%...Il faudrait 50 millions d’emplois chaque année en chine pour répondre aux besoins de sa population.

Ici en Polynésie, nous avons été frappés par cette crise puisque notre économie est largement tournée autour de ces activités vers le tourisme, vers la perliculture, vers la pêche.

Nous avons vu les indicateurs dans tous ces domaines chuter et je vous fais remarquer que cette chute peut se poursuivre notamment avec la dépréciation du dollar, coté à 1,48 Euros, alors qu’il était à 1,30 Euros, certains analystes même prédisent que l’Euro soit coté à 2 dollars… Nous ne sommes pas sortis d’affaires et quand j’entends parfois certains dire que les choses iront mieux dans 6 mois qui viennent, c’est méconnaître totalement ce qui se passe sur le plan international … Je vous rappelle que l’implosion des valeurs boursières et des valeurs spéculatives boursières des entreprises a fait perdre aux entreprises sur le plan mondial près de 40% des valeurs des dites sociétés.

J’ai souhaité vous rappeler cela parce que nous ne pouvons pas aborder le budget 2010 sans avoir cet éclairage sur ce qui se passe à l’extérieur avant de nous rendre compte de l’impact sur notre économie avec une chute de 4,8% de notre PIB.

Je rajouterai que même les dépenses de l’Etat ont fléchis entre 2007 et 2008, (moins deux milliards de francs) et je pense que les dépenses de l’Etat ont largement plus baissées entre 2008 et 2009, et pour quelle raison ? Parce que la loi Girardin a été transformée, aujourd’hui c’est un mécanisme moins intéressant et il y a moins d’investissements en Polynésie française et dans les outre mers comparativement à ce qui se passait avant.

Je rajouterai également que contrairement à la gestion économique et financière de la décision de suspension puis d’arrêt définitif des essais nucléaires, la décision du gouvernement central de fermer un certain nombre de régiments militaires, a provoqué également un retrait de financement de l’Etat, sans aucune étude d’impact au niveau du pays.

La répercussion de la crise sur les comptes publics apparait dans le cadre des comptes du budget 2009 mais plus précisément dans le budget 2010 : baisse de nos recettes au budget 2009 de quelques 13 à 14 milliards de francs que nous avons essayé de compenser tant bien que mal (recherches d’économie, réserves en opérations d’investissements…) mais aujourd’hui il n’est plus possible de faire des tours de passe-passe et il faut regarder la réalité en face.

Nous avions eu également un plan de relance. Les dépenses du budget du pays 2009 ont largement dépassé celles de 2008, nous avons dépensé plus de 4 milliards de francs supplémentaires à cette date-ci comparativement à l’année dernière. Nous avons atteint un taux d’investissement tellement supérieur que ce que nous avons pu constater depuis 15 à 20 ans. Le gouvernement n’a pas chômé en matière d’investissement.

La grande question c’est : Comment se fait il, alors que nous déployons énormément d’efforts, de moyens, d’emprunts pour injecter cet argent dans l’économie en faveur des entreprises et de l’emploi que nous soyons toujours en récession. Il est important, assez rapidement, que les délégués de la République nous disent quel est le niveau de dépenses de l’Etat et du financement injectés dans notre économie à partir de la défiscalisation.

Nous avons tenu plusieurs réunions du comité de majorité : c’est une séance où les partenaires de la majorité, ou de ceux qui se considèrent de la majorité, se réunissent pour réfléchir ensemble sur des solutions que nous avons la haute responsabilité d’apporter au pays.

Dans ces séances là nous avons un certain nombre de personnes autour de la table et nous nous sommes engagés, en constituant cette majorité, de mettre à profit notre énergie, notre intelligence,  pour aider le gouvernement que nous avons constitué, avec  des représentants de nos groupes politiques, To tatou ai’a, l’udsp, Ia Ora te Fenua, nos ministres au sein du gouvernement dans nos réflexions et notre manière de voir les choses.

Pendant ces réunions, lorsque le ministre nous a exposé quelle était l’impasse sur le budget réel, sans chercher à cacher les chiffres, … C’était l’heure de vérité : 13 milliards de recettes en moins, péril dans le financement de la PSG…

Alors qu’est-ce-que nous avons fait ? Nous nous sommes prêtés à cet exercice. J’ai moi-même proposé de taxer les transactions financières bancaires : tous les fonds qui partent de la Polynésie française pour aller à l’étranger. Cette proposition demande une étude d’impact, à mon avis et c’est difficile de ce lancer dans une telle réflexion… Est-ce que nous allons tout taxer ? Les étudiants devraient par exemple être exonérés de cette taxe.

D’autres ont proposé la TIS … [à ce sujet, j’ai entendu Edouard Fritch, (absent de l’hémicycle pendant l’intervention- réponse au discours du représentant) Pour dire simplement à Edouard que la politique est intéressante dès l’instant où ça va au-delà de la simple critique, toute son intervention tout à l’heure a été jalonnée de critiques de A à Z : Aucune proposition, ça ne m’étonne pas que le Tahoera’a ne puisse pas proposer, regardez aujourd’hui l’état de ce parti. Lorsque j’entends  plus tôt que l’on utilise cette séance pour rappeler à la mémoire de Monsieur Gaston Flosse, sachez que Gaston Flosse n’est pas encore un homme mort ! D’ailleurs j’ai remarqué que depuis quelques temps, certains ont tendance à déjà vouloir enterrer le sénateur Flosse dans leur propos, « on tourne la page », … mais on peut aussi avoir la mémoire du respect, car lorsqu’on monte, derrière, une récupération de ce parti politique, je crois que tout le monde a bien compris les intérêts des uns et des autres. Je voudrais dire à monsieur Edouard Fritch qu’on n’a pas de leçon à recevoir de sa part,  vous faites de l’opposition pour de l’opposition, ce que vous souhaitez, c’est le chaos du pays et que ce budget ne soit pas voté.]

Alors, j’en viens sur les autres propositions qui sont faites.

La TIS est assise sur une assiette fiscale de 900 milliards, alors appliquer 1,5% représente une somme importante, dont deux tiers se répartissent sur le financement de la PSG, enfin, voilà un moyen de financer de manière pérenne la protection sociale, et un tiers sur la reconstitution de notre capacité d’investissement que nous n’avons plus depuis 2001 !... Certains diront bien sûr qu’instaurer une taxe, c’est inflationniste.

J’ai eu l’occasion, comme vous, de rencontrer le patronat, la CGPME, et ils n’ont pas tort, quelle sera la situation des entreprises ? Ils émettent l’idée d’augmenter la TVA. Donc c’est clair que le risque à l’inflation peut se produire et il convient de bien mesurer l’impact de cette inflation dans un certain nombre de secteurs.

On peut se dire aussi, là je m’en réfère à des conversations que nous avons eu avec Gaston Tong Sang, où il disait ‘mais il faudrait aussi que les communes fassent un effort d’économie’, et il n’a pas tort et ça voudrait dire rapatrier les 6 milliards de francs affectés au RSPF des taxes sur les alcools et le tabac… on pourrait dire que les communes participent aussi à la solidarité de notre économie,  mais il est sûr que si on va dans cette direction là, nous n’aurons pas reconstitué l’autofinancement nécessaire.

Donc le sujet a été amené, le DOB se tient, une chose est sûre c’est qu’il ne faudra pas aller dire que cet argent, ce n’est que les « petits » qui vont payer mais c’est bien la totalité de la population qui mettra la main à la poche.

Une chose est sûre également c’est que cet argent servira surtout au financement de notre PSG et donc aux plus démunis.

C’est aussi de l’argent qui servira à nos investissements.

Monsieur le Président, je ne rentrerai pas dans le débat concernant la CST, pour quelle raison ? Et bien, il est évident que c’est le seul impôt direct sur les personnes et permettant surtout à ceux qui ont des moyens les plus importants de participer au niveau de la Solidarité. Nous ne voyons pas d’inconvénients à ce que la CST soit retouchée pour augmenter la participation des uns et des autres, et en faisant en sorte que les tranches les plus basses soient exonérées…

Puisque nous allons chercher d’une manière ou d’une autre à prélever 13 milliards de francs de la contribution, d’où viendra cet argent, en réalité, qui paiera ? Partons du principe que quelqu’un qui gagne le SMIG tous les mois utilise tout son salaire pour vivre, ce sont forcément 13 milliards de francs d’épargnes qu’on va faire circuler.

Voilà Monsieur le Président ce que je souhaitais dire par rapport à ce projet.

Je voudrais enfin terminer en disant ceci :

Nous pouvons tous continuer la politique du pire et la politique de la terre brûlée. Le budget qui sera amené par le gouvernement, sur les tables de l’assemblée sera soit voté, soit rejeté. Notre souhait, avec le gouvernement, c’était de trouver un consensus, un minimum. Pour l’instant, de ce que j’ai entendu, le consensus n’y est pas. Je ne peux que, inviter l’ensemble des groupes à se retrouver, à retravailler ensemble, à se bâtir une confiance sur le vote de ce document budgétaire, parce que sinon, il faudra en assumer la responsabilité du non vote, et lorsqu’on se transporte dans cette situation là, il faut aller jusqu’au bout de la stratégie, il faut réfléchir sur les responsabilités après coup, sur ce que ceux qui voteront contre ce budget devront faire.

Je peux vous dire une chose, c’est que notre groupe IA ORA TE FENUA ne rentrera dans aucune combine, aucune stratégie qui tendrait à vouloir déstabiliser ce gouvernement.

 

Je vous remercie de votre attention.


M. Jean-Christophe BOUISSOU
Président du groupe IA ORA TE FENUA 

Monsieur Jean-Christophe Bouissou


(salutations) 

Ce débat me rappelle l’année dernière à peu près à la même époque lorsque nous avions commencé à réfléchir ensemble sur le programme qui permettrait de mettre en place une nouvelle majorité, et sur son corollaire c'est-à-dire le plan de relance.

Publié dans DISCOURS DES ELUS

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article