Maina Sage: "Au delà du genre, c'est la compétence qui prime"

Publié le par RAUTAHI

MAINA

Vous êtes entrée en politique par ambition, sollicitation ou opportunité ?

En fait, très clairement, par sollicitation lors des communales de 2001. A l’époque, Jean-Christophe Bouissou avait remarqué que j’étais sur la liste des électeurs de Faa’a et à ce titre, il contactait des jeunes qui avaient envie de s’investir dans la vie politique, et à ce moment je travaillais dans une association qui gérait des évènements… Oui, c’était vraiment par sollicitation et c’était une opportunité en tant que citoyenne…

Vous étiez déjà engagée, vous aviez déjà des convictions avant de vous investir officiellement en politique ?

Non, pas du tout. C’était mon 1er engagement politique. D’abord, il y a eu un débat entre nous, en termes d’idées, de convictions, d’améliorations de la commune de Faa’a… On était sur la même longueur d’ondes. Suite à cette réunion, on m’a proposée de faire partie de la liste des communales… à partir de là, j’ai démarré la politique directement sur le terrain, à faire campagne, à aller dans les quartiers, à réfléchir sur le programme…

Est-ce que la politique, c’est « faire semblant » ?

J’espère que non, c’est comme dans tout travail, on a envie de prendre plaisir à faire ce qu’on fait et à s’investir. C’est comme dans une carrière professionnelle, il y a des moments où on a des choix professionnels à faire, des problèmes à gérer… en politique, certes, c’est un peu différent, c’est aussi un engagement moral, une vocation, ce n’est pas ‘faire semblant’… Mais on est là pour dire aussi ce qu’on pense, ça concerne notre capacité à être une force de proposition.

Comment expliquez-vous, qu’il y ait si peu de jeunes sur le devant de la scène politique ?

C’est un peu logique, c’est comme dans le privé, il faut d’abord démontrer ses compétences, ses capacités. Donc en politique, il faut que la jeunesse prouve qu’elle est capable, mais ce qui est grave c’est le manque de jeunes dans le circuit politique. Ce que je constate c’est que ce sont des mondes un peu cloisonnés et la plupart de ceux qui entrent en politique c’est toujours un peu par hasard, par sollicitation et on ne sait pas toujours comment faire.

Qu’est-ce que les femmes apportent de différent en politique ?

Elles ont une vision complémentaire de l’homme. La femme va aller dans le détail, elle aura sans doute un regard plus humain, elle s’attachera aussi au côté social des choses…

Comment vous interprétez le fait que les femmes se dirigent le plus souvent vers les secteurs de la Santé, de l’Education ou du social ?

Naturellement, les femmes peuvent avoir tendance à s’intéresser plus à des secteurs qu’à d’autres. Maintenant est-ce que c’est le contexte de la société dans laquelle on vit, qui fait que l’on cloisonne la femme à certains de ces secteurs, ou est-ce que c’est vraiment naturel chez la femme de s’orienter vers ces secteurs.

En tout cas pour moi, ce qui est important, c’est qu’on n’associe pas de manière systématique avec une certaine forme d’apriori des secteurs aux femmes avec des restreintes à ces secteurs. La femme est capable de travailler dans tous les domaines comme les hommes d’ailleurs, elle doit garder de pouvoir participer, contribuer à divers domaines.

Est-ce qu’il y a des freins qui empêchent les femmes de s’investir entièrement en politique ?

Bien sûr, la loi sur la parité a été  un des moyens, un peu dur peut-être, de forcer la main aux hommes, de prendre en compte la femme dans l’organisation de la société, ce qui démontre qu’il existe des barrières qu’il faut passer en force.

Comment expliquez-vous qu’au niveau de l’Exécutif, il y ait si peu de femmes ?

Il y a deux raisons : Soit on est machistes, soit il n’y a pas assez de femmes compétentes et franchement il faut se poser la question. Il faut absolument que l’on sache identifier toutes les compétences pour permettre aux femmes d’accéder à toutes ces responsabilités.

Quels sont les évènements marquants de votre vie de femme politique ?

Il y en a tellement. Depuis mon engagement politique, la 1ère élection à laquelle j’ai participé sera gravée dans ma mémoire. Cette campagne électorale de 2001 m’a permis de mieux comprendre la complexité de la bonne gouvernance.

Une femme politique accomplie doit-elle maîtriser sa langue, sa culture… il y a un stéréotype de la femme politique polynésienne ?

C’est important de maîtriser les deux langues, mais surtout d’être bien à l’écoute de la population, comprendre ceux qui ne peuvent s’exprimer qu’en tahitien, souvent dans les réunions d’informations, de grands public. Je comprends le tahitien et je fais des efforts pour le parler correctement…

Quelles valeurs sont à défendre dans la société polynésienne ?

La 1ère valeur c’est la tolérance, on vit dans une société pluriethnique, qui a su garder un esprit communautaire, quand même, qui a cette qualité innée du partage, de la générosité… Des qualités intrinsèques qu’on ne doit pas perdre. Dans le temps, on devrait développer des valeurs de travail, de confiance, avoir confiance en sa capacité de contribuer au développement de son pays.

Vous êtes la plus jeune des représentantes, vos responsabilités familiales font-elles obstacle à vos engagements politiques ?

Comme toute personne qui est amenée à des responsabilités, on doit parfois faire des choix qui peuvent paraître contraignants, mais en général on arrive à s’équilibrer, pour ma part, j’ai le soutien de mes proches.

Dans votre vie de tous les jours, la loi sur la parité a-t-elle changé quelque chose ?

C’est un peu la question paradoxale, c’est tout le paradoxe de la parité : est-ce qu’aujourd’hui, sans la parité on aurait été élues ? Je suis bien entendu ravie pour toutes les femmes qui ont pu en bénéficier mais mon souhait c’est que les femmes ne restent pas sur l’acquis.

Je suis plus favorable à ce que la parité soit une mesure transitoire, tutrice, que la parité soit naturelle. Le temps de cette mesure doit promouvoir la compétence des femmes. Il est important que, au-delà du genre, on regarde la compétence…

Avez-vous déjà ressenti des tensions dans les débats entre hommes et femmes ?

J’avoue que non. Je n’ai jamais ressenti de telles tensions, ni de discrimination entre élus hommes et élues femmes…

Dans le rapport sur la loi sur la parité, on fait remarquer que les femmes interviennent le plus souvent pour lire des rapports que dans les joutes verbales, comment interprétez-vous cette analyse ?

Il ne faut pas oublier que les rapporteurs sont assignés par les présidents de commission. Maintenant en terme de débat, il y  a de plus en plus de femmes qui participent, elles sont plus dans le débat de dossier que dans la joute verbale.

Les femmes sont-elles plus sensibles à l’image que peuvent leur renvoyer les médias ?

Certainement, dans certains cas oui, la femme est plus sensible que l’homme, parce que de nature, elle a un regard plus humain sur les gens… En tant que femme politique on gère les attaques professionnelles mais on peut souffrir des critiques qui n’ont rien à voir avec le travail mais qui touchent la famille, la personne… Avec le temps on apprend à se blinder. J’assume, mais ce n’est pas pour autant que j’excuse, surtout quand ce sont des attaques personnelles.

En 2010, le thème de la femme est-il actuel ou dépassé, en Polynésie ?

C’est toujours une pierre à l’édifice. C’est à nous de faire en sorte que la journée de la femme ne soit pas dépassée, dans son organisation… La place des hommes est importante, les femmes en dehors de leur cercle féminin doivent aussi aller à la rencontre des autres.

 

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